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Titre
original:
Yume no
ginga |
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Réalisateur: ISHII Sogo |
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Année: 1997 |
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Studio: KSS
Genre: Drame |
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Avec:
KOMINE Rena ASANO Tadanobu KYONO
Kotomi KUROTANI Tomoka |
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dre |
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Songe sur le néant
Au Japon,
mais pas à Tokyo, on ne sait pas vraiment quand (les
bus ont une forme ancienne, mais rien ne nous dit que le film
se passe dans les années 50 par exemple. Les codes
vestimentaires pourraient aussi bien appartenir au présent
du tournage, soit la fin des années 90). Une jeune
femme, devenue poinçonneuse de tickets pour une compagnie
de transports interurbains nippone tombe progressivement amoureuse
du chauffeur de bus qu'elle accompagne dans ses tournées
alors qu'elle écrit à une cousine qu'elle pense
que ce chauffeur est un tueur en série de poinçonneuses.
Elle s'enferme peu à peu dans une relation qui l'étouffe
jusqu'au jour où le couple est victime d'un accident.
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Le film s'ouvre sur une narration
en voix off avec des images en appui. La voix est celle d'un homme qui raconte
avec de façon neutre et dégagée un accident, survenu
ex-ante. Mettant en cause un autocar et un train à un passage à
niveau le fait divers nous est décortiqué. Le narrateur nous
donne la vitesse du train, du bus, les conditions météo et le
bilan humain du drame, à savoir une femme décédée.
Cette femme était une poinçonneuse nommée Tsuyako. Cette
relation est suivie d'une autre, dite par une femme par contre, une autre jeune
poinçonneuse, Tomiko, une amie de Tsuyako. Ce qu'elle dévoile est
le texte d'une lettre qu'elle envoie à l'une de ses cousines, Chieko,
ouvrière agricole qui rêve de venir en ville. Le
générique du film est étalé sur plusieurs minutes,
entrecoupé de séquences ou de scènes sans lien entre elles
et qui nous sont livrées brutes. Cette période du film permet
à Ishii d'installer l'ambiance qui nimbera la suite de l'uvre : un
noir et blanc presque saturé en blanc avec des contrastes très
forts, des mouvements lents, un rythme plein de torpeur en même temps
qu'une atmosphère lourde. Le silence devient assourdissant à
force de s'imposer, comme s'il prenait de la place dans l'image. Lorsque Tomiko
commence à se livrer à son amie, par le biais de la lettre dont
la lecture hachée émaillera le film, le spectateur peut faire le
lien avec le fait divers qui introduit l'histoire (identité du
métier de poinçonneuse). Tomiko est mise en binôme avec un
nouveau chauffeur, Tatsuo Niitaka, qui s'avère vite être le
chauffeur du bus à l'origine de l'accident du début. On prend
connaissance alors de la rumeur qui court sur lui. Il séduirait les
poinçonneuses qui travaillent avec lui, se fiancerait avec et une fois
lassé d'elles il les tuerait en faisant croire à un accident.
Tomiko veut en avoir le cur net et décide d'aller jusqu'au bout
avec lui. Le metteur en scène fera de cette progression de leur relation
le fil conducteur de son film. Les premiers jours (ou semaines ?) se
déroulent sans accroc, chacun semblant exécuter sa tâche
mécaniquement, ils s'échangent juste des banalités
d'usage, osant à peine se regarder. Puis les choses évoluent
jusqu'au premier contact physique réel. Ishii est malin, il
réussit à rendre palpable l'ennui qui préside à la
vie de Tomiko. La répétition machinale des gestes professionnels
exécutés comme un rituel immuable, des trajets et paysages,
l'omniprésence du silence
Car ce que cherche en
réalité la jeune femme est du mouvement, le grand frisson. Se
frotter à Niitaka, qu'elle pense être un tueur la fait se sentir
vivante. Sa vulnérabilité ainsi exposée lui donne aussi
paradoxalement l'énergie de continuer, d'aller plus loin. En face
d'elle, le chauffeur est un bloc de marbre sombre. Il ne laissera
s'échapper que rarement des bribes qui ne pourront être
interprétées ni même contextualisées qu'avec le peu
de matériau que l'on a sur lui, c'est à dire avec une grosse
marge d'erreur.
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Laisser tant de flou dans la
narration présente l'intérêt d'ancrer véritablement
le film dans un fantastique dénué d'effets fantastiques
justement. Le parti pris du décorum onirique de la mise en scène
ne permet pas d'adopter un point de vue objectif. Cela rend le
déroulement de la relation nébuleux, presque irréel. Les
personnages, définis uniquement par miettes insignifiantes, deviennent
alors des ectoplasmes mus par d'obscures forces (les choses paraissent plus
claires tout de même pour Tomiko qui cherche à combler un vide
émotionnel par un trop plein d'émotions). Sans pouvoir s'attacher
à eux, condamnés à les regarder se mouvoir entre fantasme
et réalité supposée le film devient une rêverie
angoissante. Le travail fait sur la musique et la bande son en
général accentue cette sensation, nappes de son graves et bruits
divers quasi organiques. L'ennui existentiel et professionnel de Tomiko
lui-même se mue en anxiété car il modèle le
possible, l'imaginable. Sa quête, sans autre fin possible qu'une
confrontation directe avec la mort est pathétique. Le dénuement
psychologique des personnages, corps en chute perpétuelle, les rend
victimes des faits relatés. Tomiko subit les idées qu'elle s'est
mise en tête depuis qu'elle a entendu parler de la rumeur. Niitaka en est
aussi la victime. Ils sont des petits êtres engoncés dans une
réalité qui ne semble tenable, viable que par son ancrage dans un
quotidien machinal. Le personnage de Chieko apporte de la mélancolie au
film avec son besoin ardent de quitter sa campagne pour venir vivre en ville,
ainsi qu'un regard extérieur, presque lointain. Lorsqu'elle est dans le
champ, qu'elle lit la lettre que lui a envoyé Tomiko le spectateur prend
conscience d'une faille entre les deux univers, comme si le monde était
dissocié ou difracté. Le travail sur le noir et blanc happe
littéralement l'attention et fait entrer ces teintes dans l'histoire
même en les rendant indissociables de l'environnement exposé.
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Le labyrinthe des
rêves n'est donc pas un film qui se suit. Pour en apprécier la
saveur un peu amère il faut s'y laisser prendre et accepter la
manipulation esthétique de Ishii, inspirée probablement du manga
dont le film est tiré : les surimpressions dynamiques d'images, la
recherche du beau plan quitte à ce qu'il soit totalement gratuit,
l'avarice des dialogues
tout concourre à ancrer ce mélange
d'eros et thanatos dans un univers de pacotille
éthéré. |