.Cinéma indépendant & Art Theatre Guild
 
 

L'ère Sasaki


Sasaki Shiro

En 1979, Iseki Taneo quitte la présidence de l'ATG, il est remplacé par Sasaki Shiro. Ancien étudiant à l'Université Waseda, Sasaki a appartenu à la troupe de théâtre Gekidan Kodama de Waseda. Ensemble avec Betsuyaku Minoru et d'autres, il fonde la troupe de théâtre Shingekidan Jiyu Butai, l'ancêtre du groupe Shogekijo de Waseda. Une fois diplômé, il rejoint brièvement TBS en tant qu'assistant réalisateur et en 1971 il lance la société Tokyo Video Center spécialisée dans la location de programmes radios et télévisés. Le premier contact de Sasaki avec l'ATG se fait autour du film Hoshizora no marionetto Marionnettes sous un ciel étoilé », 1978) de Hashiura Hojin, distribué par l'ATG et produit par Sasaki via sa société. C'est le premier film de Hashiura, un ancien du Gekidan Kodama. Quand Sasaki, 38 ans, succède au poste de président à Iseki, 79 ans, l'ATG ne connaît pas qu'un changement générationnel à sa tête, cela entraîne aussi le renforcement d'une politique de promotion des jeunes réalisateurs talentueux.
Dans les années 1970, le déclin du système des studios Japonais continue et à l'exception de la Nikkatsu , dont la production de Roman Porno est en augmentation, les studios arrêtent d'engager de nouveaux assistants réalisateurs, ils ne sont donc plus capables de produire de nouveaux talents. Dans son effort pour combler ce manque, l'ATG sous Sasaki, devient le principal promoteur des jeunes réalisateurs talentueux. L'ATG avait pourtant déjà lancé de nouveaux talents, comme Hasegawa Kazuhiko, dont le premier film Seishun no satsujinsha a fait fureur en 1976, élu Meilleur Film de l'Année par le célèbre sondage des critiques du Kinema Junpo. Ce qui n'était au mieux qu'une exception est devenue la règle commune de l'ATG sous l'ère Sasaki.

Les jeunes talents ne manquent pas à l'appel. Plusieurs réalisateurs prometteurs ont réussi à autofinancer et à auto produire des films en 8mm et 16 mm dans les circuits de jishu eiga. En 1978, Omori Kazuki, la star de la scène du film indépendant de la région de Kansai, remporte le prix Kido pour le scénario de Orenjirodo ekispuressu Orange Road Express »), la récompense la plus prestigieuse consacrant un scénario au Japon. La Shochiku rachète les droits du scénario et produit le premier film de Omori. La même année, la Nikkatsu engage Ishii Sogo pour réaliser le remake de son film 8mm Koko daipanikku Panique au lycée »), son premier long métrage. En 1979, le magazine Pia, qui débuta en 1972 comme mensuel sur l'actualité cinéma, lance un Festival du Film de l'Off-Theater permettant quelques diffusions de jishu eiga en 1977 et 1978. Cette initiative devient le Festival du Film de Pia, aujourd'hui encore un des évènements majeurs dans la promotion de jeunes réalisateurs.


"Avant le printemps" (1980)

Les meigaza ou petites salles d'art et d'essai ont joué un rôle souvent oublié dans le soutien de cette nouvelle génération de réalisateurs indépendants en produisant leurs films 16mm à petit budget comme Natsuko to nagai owakare Un long au-revoir », 1978) de Omori Kazuki, Anaza saido Another Side », 1980) de Yamakawa Naoto, Aka-suika ki-suika Melon rouge, melon jaune », 1982) de Inudo Isshin et Furutsu basuketto Fruit Basket », 1982) de Imaseki Akiyoshi produits par la Bungeiza , Senso no inutachi Les chiens de guerre », 1980) de Tsuchikata Tetsujin par la Namikiza et Kami no ochite kita hi Le jour où Dieu tomba », 1979) de Oya Ryuji ainsi que Kuruizaki sandarodo Crazy Thunder Road », 1980) de Ishii Sogo par le Kamiita Toei Cinema. Parmi ces films, la Toei achèta les droits de Kuruizaki sandarodo de Ishii qui connut une sortie nationale en copie 35mm. Même si les studios permettent à Ishii et Omori de réaliser leur premier film, ils ne souhaitent pas les aider à développer plus leur talent. C'est ici qu'intervient Sasaki en leur permettant d'exprimer pleinement leur talent au sein de l'ATG. Le premier film de l'ère Sasaki, désormais débarrassée du fonctionnement par comité de planification, est la seconde réalisation de Hashiura Hojin, Kaichoon Avant le printemps », 1980), suivi par Hipokuratesu-tachi Les disciples d'Hippocrate », 1980) de Omori Kazuki. Avec Kugatsu no jodan kurabu-bando Curs-brisés en septembre », 1982) de Nagasaki Shunichi et Gyakufunsha kazoku Crazy Family », 1984) de Ishii Sogo, un peu plus tard Sasaki produira aussi les films de deux autres grands représentants de la scène indépendante du jishu eiga.

"L'empire des sales gosses" (1981)
"Mort d'un tatoué" (1982)
"Lune de miel" (1984)

Le second pilier de l'ère Sasaki sont les réalisateurs venant du pinku eiga et des Romans Porno. Il produit Misuta, misesu, misu ronrii Mr., Mrs., Miss Lonely », 1980) et Kumashiro Tatsumi, Gaki teikoku L'empire des sales gosses », 1981) de Izutsu Kazuyuki, Enrai Tonnerre lointain », 1981) de Negishi Kichitaro, Tattoo ari Mort d'un tatoué », 1982) de Takahashi Banmei et Ningyo densetsu La légende de la sirène », 1984) de Ikeda Toshi-haru. Ce dernier est co-produit par la Directors Company , une société de production indépendante fondée en 1982 par Hasegawa Kazuhiko, Somai Shinji, Negishi Kichitaro, Ikeda Toshiharu, Ishii Sogo, Omori Kazuki, Takahashi Banmei, Izutsu Kazuyuki et Kurosawa Kiyoshi, qui a aussi produit Gyakufunsha kazoku de Ishii et Taifu kurabu Typhoon Club », 1985) de Somai. Ce dernier a remporté le Grand Prix de la Compétition du Jeune Cinéma du 1 er Festival du Film International de Tokyo et sa distribution est assurée par l'ATG. La Directors Company est l'une des quelques nouvelles sociétés de production indépendante établie dans les années 1980. Tout comme la NCP (New Century Producers) lancée en 1981 par un groupe de producteurs qui ont quitté la Nikkatsu. Ensemble avec l'ATG, ils produisent Enrai de Negishi et l'acclamé Kazoku gemu Jeux de famille », 1983) de Morita Yoshimitsu.

"Jeux de famille" (1983)
"Crazy Familly" (1984)
"Les disciples d'Hippocrate" (1980)

Kaichoon , la seconde réalisation de Hashiura pour l'ATG, Mitsugetsu Lune de miel », 1982), Kugatsu no jodan kurabubando de Nagasaki et Kaze no uta o kike Ecoute le vent chanter », 1981, d'après le roman de Murakami Haruki) de Omori, ont été produits en collaboration avec Cinema Haute, le département de production de film du Tokyo Video Center de Sasaki, devenu une société indépendante lorsqu'il a été nommé président de l'ATG. L'augmentation des sociétés de production indépendante et l'émergence de nombreuses petites salles de cinéma, appelés Mini-Theatre, ainsi que des sociétés de distributions indépendantes ont radicalement remodelé le visage du cinéma Japonais dans les années 1980. Les investissements d'autres entreprises dans la production de film, à l'époque de la fameuse bulle économique de la fin des années 80, ont largement contribué à ces développements.

En Novembre 1986, Sasaki quitte la présidence de l'ATG suite à des désaccords avec des exécutifs de la Toho , le studio soutenant l'ATG. Sasaki est suivi par Kusano Shigeo. Avec le départ de Sasaki, l'activité de l'ATG s'arrête presque totalement. Trois autres films seront distribués par la Guild jusqu'en 1992, parmi eux les débuts derrière la caméra du scénariste Nakajima Takehiro avec Kyoshu (« Souvenirs » 1988). Le scénario de Nakajima a remporté un prix sponsorisé par l'ATG, mais le film n'est pas produit par l'ATG, seulement distribué. Beddotaimu aizu Bedtime Eyes », 1987) de Kumashiro Tatsumi, 1999-nen no natsuyasumiVacances d'été 1999 », 1988) de Kaneko Shusuke et SO WHAT (1988) de Yamakawa Naoto, prévus à l'origine par Sasaki comme production de l'ATG, sont finalement financés avec l'aide d'autres sociétés de productions. Même si l'ATG ne s'est pas dissolue officiellement, il n'y a plus aucun signe d'activité après 1992. Sasaki a continué son excellente carrière de producteur indépendant. En 1989, il s'unit avec cinq autres producteurs et lance le très court mais important ARGO-Project et fonde sa société de production Office Shiros en 1993.

"Bedtime Eyes " (1987)
"Vacances d'été 1999" (1988)

Lorsque Sasaki quitte l'ATG, on peut dire que la mission de l'Art Theatre Guild est parfaitement remplie. Jusque dans les années 1980, ce fut l'un des rares refuges du cinéma indépendant. Dans les années 80, d'autres sociétés indépendantes viennent suivre l'exemple tracé par l'ATG. Avec le retrait des studios dans la production de films, la notion « d'indépendance » change considérablement durant les trois décennies d'activité de l'ATG. L'Art Theatre Guild laisse ainsi un impressionnant héritage de soixante-quinze films produits, de cent-cinq autres films distribués et rentre directement dans l'histoire du cinéma Japonais pour son rôle considérable joué en tant que pole novateur, moteur et central du cinéma indépendant Japonais.