.Teruo Ishii : les années noires
 
 

Black Line (Teruo Ishii, 1960, Kurosen Chitai)

Un journaliste dans les bas fonds

L'action débute un soir, dans une rue banale, un journaliste (Shigeru Amachi) est en pleine enquête sur ce que l'on appelle la Black Line , autrement dit un réseau underground puissant brassant prostitution, drogues et argent sale. Guidé par une diseuse de bonne aventure énigmatique, il se retrouve à son rendez-vous, sans doute une de ces rencontres déterminantes pour son travail. Mais les fouineurs, c'est pas le genre du réseau, sitôt arrivé dans cette chambre mystérieuse, il est drogué et se réveille le lendemain matin dans un lit, tenant une cravate enroulée autour du cou d'une jeune femme, celle qui devait lui fournir un témoignage précieux. Piégé, le journaliste s'enfuit, nettoyant autant que possible ses traces tout en sachant qu'un indice est manquant, un verre avec ses empreintes, nul doute possible pour la police, il est le meurtrier. Ce journaliste piégé pour sa trop grande curiosité va s'engager dans la recherche de ses malfaiteurs, nous baladant dans les bas fonds japonais à la rencontre des victimes, des chefs éhontés Au fur et à mesure qu'il avance, des témoins sont éliminés, certains noms du réseau disparaissent, quelques langues se délient : l'homme nage en plein cauchemar.

La ville qui en apparence semble saine et accueillante, se révèle être pourrie par ce réseau. On croisera des jeunes femmes innocentes soumises à la prostitution détournée, entendez par là, confier la femme à un riche exploitant moustachu. D'autres fabriquent des poupées renfermant de la drogue et servent de coursier anonyme à ce transport illégal d'apparence anodine. Finalement il y a ces travestis qui vendent leurs corps dans des clubs spéciaux. Rares sont les individus résistants à cette main mise globale, la majorité des acteurs du réseau se soumettent sans grande résistance à ces impératifs frauduleux. La seule véritable rencontre faite par notre journaliste piégé est une femme, coquine et comique, elle tarde à montrer son visage amical à l'homme, continuant de jouer une comédie. De ce personnage, on ne saura pas grand-chose, on aura à peine connaissance de son passé tragique, et un peu à la manière de cette ville, la femme a tendance à oublié son aspect le plus respectable : sa personnalité. Quant au journaliste, c'est là que le bas blesse, il se montre sans réelle personnalité, et bien que l'acteur Shigeru Amachi soit capable d'habitude d'exprimer une palette intéressante de sentiments, il est ici cloisonné dans un rôle sans ambition, simple prétexte à nous faire voir du pays. L'homme semble enfermé dans sa lutte contre l'injustice et rien ne le fera changer d'orbite, même pas une femme plantureuse.

Ce film manque cruellement d'un personnage charismatique capable de porter l'action à bon terme, alors que Teruo Ishii sait dépeindre une galerie de portraits riches et variés, il semble avoir tout oublier dans ce cas présent, on a juste le droit à quelques scènes sympathiques et délirantes nous raccrochant à l'action. Les hommes paraissent être dépassés par la situation, la Black Line est partout et domine tout, au détriment du film lui-même! Dans cette succession de scènes des bas fonds, il semble manquer un lien fort et intéressant autre que la simple enquête d'un journaliste-creux, Teruo Ishii ne prend pas en compte l'ampleur de son sujet en le réduisant à une banale recherche, certes il nous montre des personnages ou situations peu communes, mais il n'arrive pas à faire décoller son film d'une sorte de carte postale noir sans enjeux, il ne reste que la quête de la justice parsemée de temps morts et de creux susceptibles de nous interroger sur le bien fait de leur utilité ainsi que de leur intérêt. Le film n'en demeure pas moins sympathique, portant bien son titre, il nous offre ni plus ni moins qu'un regard sur une face cachée d'une ville japonaise .