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.Nakata Hideo |
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Esquisse d'un portrait |
"Pauvres
humains et ballons de papier"
de Sadao Yamanaka |
Citant comme réalisateurs de références
des gens aussi variés que David Lean, François
Truffaut, Masahiro MAKINO (réalisateur phare mais
méconnu de films de yakuza japonais, des années
30 aux années ‘70s), Sadao YAMANAKA, Carl
Dryer, Clint Eastwood, Sam Peckinpah, Don Siegel, Alfred
Hitchcock, Joseph Losey, George Cukor ou Jean Renoir,
NAKATA préfère se définir plutôt
comme un artisan populaire, plus intéressé
à travailler sur des métrages à petit
budget.
S'il
s'est avant tout distingué par ses films d'horreur,
il avoue n'entretenir que peu d'affinités pour
le fantastique. Clairement perceptible aussi bien dans
ses classiques, que dans ses œuvres plus intimistes,
il a une nette préférence pour le (mélo-)dramatique
et s'intéresse beaucoup à ses personnages.
Parmi ses films de chevet, il cite "Lettre
d'une inconnue" de Max Ophuls, "Rebecca"
d’Alfred Hitchcock, "Green was my valley"
de John Ford, et "Pauvres humains et ballons
de papier" de Sadao YAMANAKE, histoire d'un
samouraï déchu en quête d'un nouvel
employeur; en somme trois purs mélodrames s'attachant
avant tout au tragique destin de ses protagonistes.

"Lettre
d'une inconnue" de Max Ophuls. |
Comme
ses réalisateurs favoris Ophuls ou Cukor, il
préfère le rôle des femmes et dit
même accorder toute son attention quant à
leur direction d'acteurs au détriment de celle
de leurs collègues masculins. La forte filiation
maternelle entre une mère et son enfant, thème
récurrent tout au long de son œuvre, renvoie
directement à sa discrète vie personnelle.
L'autre récurrence à travers sa filmographie,
le thème de l’eau, renvoie à ce
que Nakata appelle une peur toute naturelle des japonais
envers le liquide, leur archipel étant constamment
menacé d’être englouti par les flots.
Contrairement à ce que veulent lui attribuer
certains critiques français, il se défend
d’utiliser l’eau comme l’image de
la vie (en référence à l’eau
dans le ventre de la mère ou faisant partie à
80 % de la composition de notre corps), mais l'assimile
uniquement à l'image de la mort.
Une mise en scène discrète, faite la plupart
du temps de plans fixes ou de discrets mouvements, n'adoptant
des décadrages que lors des scènes d'épouvante
ou de désorganisation structurelle, crée
une certaine distanciation du spectateur envers ses
drames baignant souvent dans une ambiance trouble. Il
avoue l'influence directe du réalisateur Tai
KATO, maître de la contre-plongée extrême,
pour son "Dark Water" filmé
à ras le tatami.
Le son joue un rôle prépondérant
dans sa filmographie depuis sa collaboration avec le
compositeur Kenji KAWAI. Comprenant que la musique ne
sert pas uniquement à souligner une séquence
par son thème musical, il assimile rapidement
la large utilisation et importance des pistes sonores.
Depuis, il aime lui-même à créer
de nouveaux sons à partir d'enregistrements somme
toute banaux, uniquement modifiés par une distorsion
temporelle ou par le rajout d'autres bruitages. Ces
déformations donnent une teinte unique, telle
la crispante sonnerie de téléphone dans
la série des "Ring"
obtenue par la superposition de quatre signaux différents.
Bien qu'empêtré dans sa stigmatisation
de réalisateur de films d'horreur, notamment
par les prochaines productions de même genre à
venir, NAKATA s'obstine à s'écarter du
sentier tout tracé pour tâtonner dans la
voie du mélodrame. Prenant de l'assurance et
de l'expérience dans chacun de ses films, il
réalisera à coup sûr dans un proche
avenir sa comédie dramatique ultime tant rêvée.
Une
carrière à suivre…
Portrait
réalisé à l'aide d'une interview
de Hideo NAKATA le lundi 12 septembre 2005 dans le cadre
de l'Étrange Festival en collaboration
avec Mohamed Bouaouina et Martin Vieillot.
De respectueux et chaleureux remerciements aux organisateurs
et aux collaborateurs de l'Étrange Festival
2005 et surtout à Xavier Ganachaud
pour son sens de l'accueil et de son attention.
Bastian
Meiresonne – Septembre 2005
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